Notre syndicat est né dans le prolongement direct du mouvement des policiers en colère, apparu spontanément à l’automne 2016 après l’attaque de Viry-Châtillon.
Nous sommes issus de cette colère de terrain, de cette volonté des policiers de base de reprendre la parole et de dénoncer, sans détour, la dégradation de leurs conditions de travail et de leur protection.
Une naissance dans la colère.
Le 8 octobre 2016, à Viry-Châtillon, une vingtaine d’individus cagoulés attaquent deux véhicules de police et lancent à l’intérieur plusieurs cocktails Molotov.


Dans la première voiture se trouvent Vincent, un adjoint de sécurité de 28 ans et Jenny, une gardienne de la paix de 39 ans. L’habitacle s’embrase. Les deux policiers sont grièvement brûlés.
Plongé dans un coma artificiel, Vincent subira plusieurs greffes de peau.
Face à cette attaque d’une violence exceptionnelle, des collègues se rassemblent spontanément devant l’hôpital Saint-Louis, à Paris, où est hospitalisé Vincent.


À partir du 17 octobre, les rassemblements nocturnes se multiplient dans plusieurs villes de France. Organisés de manière spontanée, notamment grâce aux réseaux sociaux, ils échappent totalement aux organisations syndicales majoritaires.


Pour de nombreux policiers, Viry-Châtillon constitue l’affaire de trop.
Quelques mois auparavant, le 13 juin 2016, la profession avait déjà été profondément meurtrie par l’assassinat de deux collègues, Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, tués à leur domicile familial à Magnanville dans une attaque revendiquée par l’organisation État islamique.


La colère qui éclate à l’automne 2016 dépasse donc largement la seule question de Viry-Châtillon. Elle traduit un sentiment d’abandon et d’exaspération profondément ancré dans une partie de la base policière.
Le 18 octobre 2016, des centaines de policiers en colère bloquent la voiture de Jean-Marc Falcone à la sortie d’une réunion à Evry. Le directeur général de la Police nationale est hué. Les collègues scandent : Falcone, démission !


Dénoncer le malaise policier.
Le mouvement des policiers en colère met alors en avant plusieurs problématiques majeures :
le manque et la vétusté des équipements et des véhicules ;
l’insuffisance de la protection des policiers face aux violences ;
la nécessité de clarifier et de renforcer le cadre de la légitime défense et de l’usage des armes ;
une réponse judiciaire insuffisamment ferme face aux agressions visant les policiers ;
le manque de reconnaissance de la part de la hiérarchie et du pouvoir politique ;
et, surtout, la conviction que les syndicats de police majoritaires se sont progressivement éloignés des préoccupations de la base et ont trahi les collègues.
Cette colère ne peut pas être réduite à un simple mouvement d’humeur ponctuel. Elle révèle un malaise très profond dans la police nationale.
Le mouvement est alors confronté à l’opposition très vive des syndicats de police majoritaires qui tentent de torpiller la fronde.
Des enquêtes administratives sont ouvertes contre plusieurs collègues mobilisés, faisant planer sur eux la menace de sanctions disciplinaires lourdes.
Progressivement, le mouvement spontané se structure.
Certains collègues choisissent la voie associative, notamment autour de la MPC. D’autres décident de s’engager sur le terrain syndical et rejoignent France Police, seule organisation professionnelle indépendante et contestataire.


Des combats et des prises de position assumées.
Sur le plan budgétaire, notre mobilisation a notamment contribué à l’obtention d’une enveloppe de 250 millions d’euros destinée à répondre à une partie des revendications exprimées dans la rue.
Sur le plan législatif, la loi du 28 février 2017 relative à la sécurité publique a notamment introduit l’article L.435-1 du Code de la sécurité intérieure concernant l’usage des armes par les policiers.
Malheureusement, nous considérons que cette réforme n’a pas répondu suffisamment à notre revendication essentielle : garantir aux policiers un cadre juridique suffisamment clair et protecteur lorsqu’ils doivent faire usage de leur arme dans l’exercice de leurs fonctions.
Nous militons pour le retrait des notions de proportionnalité et d’absolue nécessité du texte qui reste trop flou et qui est susceptible de donner lieu à toutes les interprétations jurisprudentielles.
Notre combat se poursuit malgré l’adversité.
La mort de Maggy Biskupski, le 12 novembre 2018, a profondément marqué notre mouvement et entraîné la disparition de sa branche associative. Mais la branche syndicale elle, poursuit son combat.


Depuis, nous avons continué à prendre position sur les grandes crises qui ont traversé la société française et la police nationale.
Gilets jaunes : défendre les policiers sans renoncer à nos convictions.
Dès les premières heures du mouvement des Gilets jaunes en novembre 2018, notre syndicat a exprimé sa proximité avec une mobilisation que nous considérions comme l’expression d’une colère populaire légitime et profonde, au même titre que notre mouvement professionnel de 2016.
Nous avons notamment contesté le choix politique consistant à évacuer les rassemblements installés sur les ronds-points pour concentrer ensuite les manifestations dans les centres-villes, persuadés que des casseurs allaient s’infiltrer dans les cortèges et commettre des exactions dans les centres urbains.
Les évènements nous ont donné raison. L’infiltration progressive des cortèges par des groupes d’ultra-gauche violents a exposé nos collègues à des niveaux de violence très élevés et a terni l’image de ce mouvement populaire, pourtant très soutenu par l’opinion publique à ses prémices.


Notre position a toujours été claire : défendre les policiers ne signifie pas renoncer à notre regard critique sur les décisions politiques qui les exposent au danger.
Lors des élections professionnelles de 2018, pour leur première participation à une élection sociale au sein du ministère de l’Intérieur, les policiers en colère ont obtenu plus de 3 % des suffrages, dans un scrutin dont nous avons contesté la sincérité devant les tribunaux.
Quatre ans plus tard, en 2022, les personnels du ministère de l’Intérieur ont confirmé leur volonté de voir notre syndicat s’ancrer durablement dans le paysage très feutré du syndicalisme policier, en nous plaçant en 4e position derrière les 3 grandes coalitions de syndicats majoritaires progouvernementaux.
Deux ans plus tôt, en novembre 2020, nous avions été les seuls à défendre les collègues mis en cause dans l’affaire Zecler, alors que tous les syndicats de police ont, à l’époque, participé à leur lynchage médiatique avec la meute politico-médiatique.


Covid : ne jamais renoncer à notre esprit critique.
Pendant la crise sanitaire, nous avons contesté certaines décisions gouvernementales concernant notamment le port du masque et la gestion des stocks.
Alors que les policiers avaient initialement reçu des consignes restrictives leur interdisant strictement le port du masque au début de la pandémie dans un contexte de pénurie, celui-ci est ensuite devenu obligatoire lorsque les stocks ont été reconstitués. Ubuesque !
Nous avons également relayé les inquiétudes de nombreux collègues concernant les conséquences des différents confinements, tant en matière de libertés publiques que d’impact sur la santé psychologique de leurs proches.


Notre ligne de conduite est toujours restée la même : un syndicat de police n’a pas vocation à être une courroie de transmission du pouvoir.
L’affaire Nahel et la défense de nos collègues.
Le 27 juin 2023, après la mort de Nahel à Nanterre, Bruno Attal, n°2 de notre syndicat, a pris publiquement position en soutien aux policiers impliqués dans l’affaire.
Le lendemain, Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, a annoncé la révocation sur-le-champ de Bruno Attal, en raison de ses prises de position publiques dans ce dossier.
Dans le même contexte, le ministre de l’Intérieur a également indiqué par communiqué de presse qu’il étudiait la possibilité de dissoudre notre syndicat ! Rien que ça…


Nous avons vécu ces menaces comme une tentative de faire taire une organisation syndicale dont la parole dérange depuis 2016, une voix qui refuse de rentrer dans le rang et de retourner à la niche.
Depuis notre création, nous revendiquons une identité claire : celle d’un syndicat de terrain, contestataire, indépendant et engagé. Une force d’opposition et de propositions.
Nous ne nous reconnaissons pas dans le modèle des organisations syndicales majoritaires de la police nationale, que nous considérons comme trop éloignées des préoccupations quotidiennes des collègues et inféodées au pouvoir politique en place.
Ces syndicats ont trahi à de multiples reprises les collègues en signant avec l’administration des accords mortifères pour notre profession. Ils sont directement responsables de la dégradation de nos conditions de travail et de la paupérisation de nos personnels.
Contrairement à eux, nous revendiquons une tradition syndicale de lutte et de résistance, dans laquelle nous plaçons notamment la figure de Lech Wałęsa, qui a choisi de défendre ses convictions au péril de sa vie au temps du bloc soviétique.


Notre combat dépasse notre propre personne.
Nous ne prétendons pas être consensuels et ne cherchons pas à l’être. Notre objectif n’est pas de plaire à une petite élite bien-pensante.
Notre rôle est de porter la parole de ceux que l’on n’entend pas : ces femmes et ces hommes qui, chaque jour, risquent leur vie pour protéger celles des autres.
Des policiers auxquels on demande toujours davantage, avec toujours moins de moyens.
Des policiers qui peuvent être blessés, sanctionnés, révoqués ou tués du jour au lendemain, sans qu’on garde souvenir d’eux.
Des policiers qu’on juge et condamne publiquement et médiatiquement avant même la tenue de tout procès équitable.




























